Chauncey Billups, actuel entraîneur des Portland Trail Blazers et ancien assistant coach des Los Angeles Clippers, s’est récemment exprimé au sujet du pivot des Minnesota Timberwolves, Rudy Gobert. Bien que le Français soit considéré comme l’un des meilleurs défenseurs de la NBA depuis près d’une décennie, Billups a expliqué pourquoi certaines équipes parviennent à exposer ses limites dans un contexte de basket moderne de plus en plus orienté vers le spacing, les lignes de passes ouvertes et la création sur pick and roll.
En revenant sur ses années au sein du staff des Clippers, Billups a cité en exemple la série du deuxième tour des playoffs 2021 contre l’Utah Jazz. À cette époque, Gobert était déjà une ancre défensive de premier plan, plusieurs fois élu Défenseur de l’Année, tandis que Chauncey Billups faisait partie de l’équipe technique chargée de construire des stratégies pour contourner la protection de cercle du Français. Selon lui, le problème n’est pas que Gobert défend mal, mais plutôt que son profil peut être mis en difficulté dans certains types de systèmes offensifs modernes.
Billups insiste sur un point : Gobert est l’un des meilleurs protecteurs de cercle que la NBA ait connus ces dernières années. Son timing, son envergure immense, sa lecture sur les pénétrations et son impact psychologique obligent les adversaires à modifier leur jeu autour de la raquette. Cependant, ce même style défensif peut être retourné contre lui lorsque les équipes adoptent une stratégie basée sur le tir extérieur, les cinq joueurs écartés et la multiplication des écrans pour provoquer des switchs défavorables.Dans le podcast Sheed & Tyler, Billups explique que l’erreur serait de croire que les équipes cherchent à défier directement Rudy Gobert près du cercle. Selon lui, personne n’affronte de front un rim protector de ce calibre parce que les chances de succès sont très faibles. Au lieu de cela, les équipes vont chercher à l’éloigner de son terrain de prédilection, à savoir la peinture. Cette approche consiste à créer des espaces et à l’obliger à se déplacer davantage latéralement, là où sa vitesse sur les changements de direction peut être mise à l’épreuve.
Billups rappelle que lors de la série Clippers–Jazz en 2021, Tyronn Lue et son staff ont volontairement écarté le jeu en alignant plusieurs joueurs extérieurs capables de tirer, dribbler et attaquer le panier. Des joueurs comme Paul George, Terance Mann ou Reggie Jackson pouvaient forcer des situations de pick and roll ou d’isolement qui laissaient Gobert dans une posture inconfortable. Au lieu d’attaquer directement la raquette, l’objectif était de rendre inutile sa présence près du cercle en le forçant à défendre plus haut ou plus loin du ballon.

Les Clippers avaient même parfois déployé une formation avec cinq joueurs extérieurs, stratégie très rarement utilisée à l’époque. En retirant un pivot traditionnel, ils ont obligé Gobert à suivre des joueurs beaucoup plus rapides et polyvalents sur les écrans. Selon Billups, ce type de configuration offensive ne fait pas de Gobert un mauvais défenseur, mais elle montre la différence entre la défense traditionnelle centrée sur la raquette et les exigences du basket contemporain où les grands doivent courir, changer, s’adapter et réagir constamment aux variations de spacing.
Cette réflexion rejoint un débat plus large dans la NBA actuelle : un défenseur peut exceller dans une zone précise du terrain mais être vulnérable dans d’autres situations. La force dominante de Gobert, sa protection du cercle, est indiscutable. Mais les équipes modernes cherchent à brouiller les repères, à créer des actions où le pivot doit défendre loin du panier, là où il ne peut plus imposer la même intimidation. C’est cette zone grise, entre grande force et exposition tactique, que Billups a voulu souligner.
Il est important de noter que Billups ne remet pas en cause le niveau élite de Rudy Gobert. Au contraire, il réaffirme clairement que le Français est un défenseur exceptionnel, un joueur capable d’éteindre une attaque entière lorsqu’elle essaie d’entrer dans la raquette. Ce qui pose problème, selon lui, ce n’est pas sa capacité individuelle, mais la nature même du basket moderne. Les attaques ont évolué, les systèmes sont devenus plus fluides et les joueurs sont de plus en plus interchangeables. Les grands pivots, autrefois centraux dans les schémas défensifs, doivent désormais couvrir des espaces gigantesques.
Billups explique que la différence se situe dans la manière d’attaquer un grand défenseur. Personne ne fonce sur un joueur de 2,16 mètres avec une envergure hors norme. Les coachs modernes cherchent plutôt à contourner ce type de défenseur en l’amenant dans une zone où son impact est plus limité. Dans une NBA où chaque joueur peut tirer à trois points et où les pick and rolls se déclinent sous des centaines de variantes, même les meilleurs pivots défensifs peuvent être isolés ou mis en difficulté dans des situations de vitesse.